HTML5 au secours de Bodoni

Giambattista Bodoni, 1740-1813, créateur de la police de caractère du même nom. Représenté ici quelques instants avant sa découverte de la fonction @font-face.

Si, comme moi, vous avez suivi l’annonce de la sortie de l’iPad*, peut-être avez-vous également suivi le grand débat sur le choix de ne pas accepter le format Flash. Débat qui touche souvent au nouveau format HTML5, censé rendre obsolète la solution d’Adobe. Tout cela est bel et beau, me direz-vous, mais la sortie de l’iPad mérite-elle un énième billet ? Non, mais HTML5 oui**, dans la mesure où la dernière version de cette norme (qui structure la quasi-intégralité des données du Web, pour ceux qui dorment au fond) va certainement être le facteur de renaissance d’un des beautiful losers des autoroutes de l’information : la typographie.

Sans rentrer dans la moindre considération technique (formule élégante pour dire que j’en suis incapable), les polices de caractère actuellement affichées par votre navigateur sont limitées à celles installées sur votre poste (souvent limité à Times, Helvetica et autres Arial). Il existe actuellement des solutions pour palier à ce problème, mais elles posent des problèmes de compatibilité et de droits d’auteur(non, n’écoutez pas votre neveu, les polices de caractères sont très souvent payantes). L’avantage du HTML5 sera donc, en principe, de pouvoir afficher des polices de caractères qui ne sont pas installées chez l’utilisateur, sans pour autant les télécharger automatiquement (c’était là, le problème de droits d’auteurs, pour ceux qui suivent).

Quel avantage ? Et bien, si vous avez déjà ouvert un livre (ou plutôt plusieurs), si vous avez déjà vu plusieurs affiches, si vous regardez un peu comment sont composés les magazines, il ne vous aura pas échappé que le choix et la variation des polices de caractère est un véritable travail qui influe directement sur le confort de lecture (et le confort de lecture, c’est un peu l’angle mort du contenu sur le Web, mine de rien). Actuellement, le moyen le plus simple de passer outre est de passer les textes utilisant une police spéciale (autre que les Helvetica, etc) en format image, ce qui conserve le format et l’apparence. Problème évident : les contenus textuels sous forme d’image ne sont pas particulièrement appréciés par Google et ce dernier faisant œuvre de juge de paix concernant toutes les choses du Web, c’est très souvent un très mauvais calcul. Résultat : toujours les mêmes typos affichées.

Le HTML5, en plus de toutes ces capacités dont on parle souvent (vidéos, animation, drag’n drop, etc) va peut-être amener, de manière plus discrète, une véritable révolution dans la façon dont on présente du contenu (et donc la façon dont l’utilisateur final le perçoit et y accroche) à travers ce renouveau de la typographie.

Un cycle finalement classique du réseau: une première explosion quantitative suivie d’un long travail d’affinage qualitatif. On explose la quantité de contenu publié puis l’on met près de 15 ans à retrouver la finesse d’édition papier avec sa mise en forme et son traitement visuel.

*Oui, ouvrir le premier billet d’un blog sur la sortie de l’iPad est un peu opportuniste. Surtout quand on ne parle plus de l’iPad deux lignes après.

**Le HTML5 et le CSS3. Mais on parle d’idées et de conséquences, pas du détail des standards.