La montée du métalol

vignette de l'article metalol, une machine à saucissesEt si le décalage entre un contenu et son organisation nous ouvrait les portes d’un monde d’humour sans fin (et sans beaucoup de finesse non plus) ?

Le web a grandement évolué avec le « méta », métadonnées sur les contenus, qui permettent de mieux les exploiter, présenter…, agrégation d’avis, d’infos sur des produits, services, qui sont autant d’informations « méta », gravitant autour de ces derniers. En somme, le web 1, c’était plein de contenu, le web 2, c’était plein de contenu avec des informations relatives à ce contenu qui le valorisent (et le web 3, c’est compliqué).

C’est bien, c’est intéressant, ce n’est pas faux non plus, mais ça va bientôt faire 10 ans qu’on en parle (OReilly en parlait en 2004). Par contre, ce qui semble nouveau, c’est que ce décalage (l’importance donnée autant aux infos « méta » qu’au contenu) créé une forme nouvelle d’humour, où le lolesque n’est plus tellement dans le contenu lui-même, mais dans les moyens que l’on emploie pour y accéder.

Concrètement, qu’est-ce-que ça signifie ? Deux exemples, tirés de blogs humoristiques : Comment devenir un ninja gratuitement et Page1.Page49 (ce dernier étant plein d’images qui ne conviennent absolument pas aux -18 ans ainsi qu’aux yeux sensibles, et je suis sérieux).

Le premier propose des sélections thématiques (ou pas) de mots-clés tapés dans Google pour accéder à des sites, mots-clés envoyés par les webmestres*. Ce qui est important ici, c’est qu’on ne connait jamais la nature des sites qui arrivent dans les résultats de ces recherches, mais on ne connait que les questions, interrogations capitales adressées à Google. Outre le titre du site, qui est une véritable requête (les gens n’investissent vraiment plus dans leur éducation ninja…), il présente tout un tas de questions, tel que :

« la musique 28 à l’ombre dont je ne connais pas l’auteur »
« trop bien synonyme »
« comment être astucieuse dans un jeu téléréalité »
« peut on être enceinte frottement pantalon »
« cindy tu es ou? »
« je veux rejoindre al qaïda »

Soit toutes ces questions que l’on se pose tous un jour. Ce qui est intéressant, c’est que l’élément comique n’est pas un contenu, a proprement parler, c’est une requête, requête hilarante, idiote, triste, mais une volonté d’accéder à du contenu, et donc une utilisation de mots-clés, des questions, pour avoir une information. Outre le fait que, sans Google, sa puissance et son anonymat (tout relatif) cet humour n’existerait pas, ce qui est nouveau est le décalage. En fait, ce n’est pas très drôle comme phrase, « je veux rejoindre al qaïda », ce qui est drôle, c’est ce décalage produit entre la demande et sa bêtise (en plus, ils recrutent très peu en ligne). En somme, encore un décalage entre le contenu et le méta, entre une requête et un contenu.

Le second blog pris en exemple, Page1.Page49, présente, pour une requête Google Image** donnée, la première et la dernière page des résultats (non censurés, d’où mon avertissement). Pour avoir un exemple safe, c’est ici. Une fois encore, les images ne sont pas amusantes en elle-mêmes, l’humour provient du décalage entre ce que les algorithmes, basés sur la demande, l’actualité, la popularité… présentent et leur hiérarchie. Ici aussi, il ne s’agit que d’un décalage entre une requête et une réponse.

On me répondra que c’est bien beau tout ça, mais que ça n’a rien de nouveau et que le propre même de l’humour est de naître d’un décalage (entre le langage/représentation et le réel). Mais non. Les blagues, les sketches, naissent de la volonté de présenter un décalage (comme cette hilarante histoire d’échelle et de pinceau). Dans notre cas, il s’agit d’aller « récupérer » des décalages involontaires ou automatisés (premier et second exemple) et de les présenter, sans jamais les commenter.

En somme, notre façon même d’accéder au contenu, plus que le contenu lui-même, est amusante. Ce qui signifie, par extension, qu’une fois que l’on a trouvé une matrice (ici les mots-clés tapés idiots et l’organisation de l’info dans Google Image) on pourra en extraire une infinité virtuelle de contenu amusant, mais lassant. Pourquoi lassant ? Car si la matrice est drôle, et les premiers effets aussi, le contenu est incompréhensible sans elle. Plus simplement, si on vous explique pourquoi ce que vous allez lire est drôle, et d’où ça provient, c’est nécessairement lassant au bout d’un moment.

C’est peut-être le dernier décalage, celui qui ne nous force plus à trouver du contenu drôle mais des mécanismes, des matrices, qui nous assureront des milliers d’heures de contenu rigolo. Comme toujours, ce n’est plus le contenu, c’est la façon dont on l’organise…

 

* Par exemple, si je gère un site de philatélie, je peux avoir accès aux mots-clés utilisés par les visiteurs (anonymisés) pour arriver sur mon site.

** Un jour, je développerai une théorie faisant se rejoindre la puissance d’une techno et le monde d’humour qu’elle permet.