Adopte toujours…

Et si les early adopters devenaient un marché de masse ?

J’ai utilisé FourSquare pour la première fois ce week-end. Il s’agit d’un réseau social géolocalisé qui permet de check-in dans des lieux (bars, restaurants, etc), de poster ses check-in automatiquement sur Twitter (comme par exemple pebrugeron vient de check-in au PinkParadise !). On prévient ainsi ses amis d’où l’on est, et l’on gagne des points en s’inscrivant dans des lieux.

Ca, c’est pour la plaquette de présentation.

Dans les faits, le service semble peiner à décoller en France*, favorise pour le moment les utilisateurs d’iPhone (les apps pour Blackberry et Android étant incomplètes) et, surtout, met le doigt sur une pratique assez spécifique à notre domaine : adopte toujours, on verra ce qu’on en fait plus tard. Le syndrome du early adopter, autrefois réservé au geek de service qui préférerait tuer père et mère plutôt que de laisser sa petite sœur le doubler dans la course aux tendances, ce syndrome donc semble se généraliser et provoquer un éclatement des pratiques. Habituellement, adopter une techno avant les autres, c’était leur faire comprendre qu’ils n’en comprenaient peut-être pas les tenants et les aboutissants, mais que le gros bouzin beige** qui trônait dans le salon allait révolutionner le monde. Désormais, la proportion d’early adopters me semble grandir, sortir de l’aspect geek (donc minoritaire) et surtout ne pas être certain de ce qu’il adopte. A quoi sert FourSquare ? A quoi me sert réellement Twitter (et oui, c’est une vraie question et, oui, j’ai lu les 477 896 articles de vulgarisation de Mashable sur le sujet) ? Nous nous transformons progressivement en foule d’early adopters de services. Pour vous en persuader, jetez donc un œil à Mashable justement, qui présente quotidiennement 15 nouveaux réseaux sociaux, qui se recoupent souvent les uns les autres, et dont les taux d’inscription (première phase de l’adoption) sont souvent surprenants.

Nous adoptons des services en aventuriers, sans trop savoir où ça nous mène, et il semble que l’industrie se mette à fonctionner de cette manière (Facebook lève toujours de l’argent sans tellement en gagner, Twitter de même).

Industrie toujours, puisque cette tendance est particulièrement bien exploitée par Apple, avec le lancement de sa tablette. A quoi sert-elle (et je ne parle pas d’une liste de fonctions) ? La réponse de Jobs semble être « A vous de voir », sans s’enfermer dans une cible, ni dans une fonctionnalité donnée***. Guidé, au fil de la technologie, pour offrir une variante du Touch en plus gros, en espérant (à juste titre vus les chiffres) que les early adopters soient cette cible, ce « on pressent bien quelque chose, autant ne pas être à la traîne ». Apple offre le business model lié au système fermé, pas aux pratiques.

En somme, et c’est certainement là le génie d’Apple et des créateurs de réseaux sociaux qui prennent, il s’agit d’exploiter la transformation des early adopters**** en marché de masse. La réponse à « à quoi ça sert », l’utilisateur ou le fournisseur de contenu externe en fait son affaire.

Ps : Remarquons quand même que, si les premiers PC étaient adoptés par des enthousiastes, c’est qu’ils y pressentaient de quoi créer d’une nouvelle manière. Si l’iPad l’est aujourd’hui, c’est que l’on pressent que l’on consommera du contenu différemment. C’est certes très différent (on passe du créateur au consommateur), mais aussi très compréhensible. Et cela explique également pourquoi la presse assure la promotion de l’iPad aussi brutalement, y voyant un sauveur potentiel. Pour continuer sur le sujet du passage du créateur au consommateur, N. Carr est comme d’habitude assez brillant.

*Outrageuse généralisation mais, sur une base de 200 contacts qui n’ont pas oublié d’être always on, deux ou trois utilisent le service. Donc si vous voulez des stats, c’étaient là les miennes.

**Je pense à toi, Apple 2

*** Idée d’ailleurs défendue par Dave Winer sur son blog

**** Il ne s’agit pas de transformer la niche des early adopters en marché de masse, ça, tout le monde cherche à le faire. Il s’agit d’exploiter une tendance assez nouvelle qui transforme le mass market en foule d’early adopters. Et ça, c’est nouveau.

HTML5 au secours de Bodoni

Giambattista Bodoni, 1740-1813, créateur de la police de caractère du même nom. Représenté ici quelques instants avant sa découverte de la fonction @font-face.

Si, comme moi, vous avez suivi l’annonce de la sortie de l’iPad*, peut-être avez-vous également suivi le grand débat sur le choix de ne pas accepter le format Flash. Débat qui touche souvent au nouveau format HTML5, censé rendre obsolète la solution d’Adobe. Tout cela est bel et beau, me direz-vous, mais la sortie de l’iPad mérite-elle un énième billet ? Non, mais HTML5 oui**, dans la mesure où la dernière version de cette norme (qui structure la quasi-intégralité des données du Web, pour ceux qui dorment au fond) va certainement être le facteur de renaissance d’un des beautiful losers des autoroutes de l’information : la typographie.

Sans rentrer dans la moindre considération technique (formule élégante pour dire que j’en suis incapable), les polices de caractère actuellement affichées par votre navigateur sont limitées à celles installées sur votre poste (souvent limité à Times, Helvetica et autres Arial). Il existe actuellement des solutions pour palier à ce problème, mais elles posent des problèmes de compatibilité et de droits d’auteur(non, n’écoutez pas votre neveu, les polices de caractères sont très souvent payantes). L’avantage du HTML5 sera donc, en principe, de pouvoir afficher des polices de caractères qui ne sont pas installées chez l’utilisateur, sans pour autant les télécharger automatiquement (c’était là, le problème de droits d’auteurs, pour ceux qui suivent).

Quel avantage ? Et bien, si vous avez déjà ouvert un livre (ou plutôt plusieurs), si vous avez déjà vu plusieurs affiches, si vous regardez un peu comment sont composés les magazines, il ne vous aura pas échappé que le choix et la variation des polices de caractère est un véritable travail qui influe directement sur le confort de lecture (et le confort de lecture, c’est un peu l’angle mort du contenu sur le Web, mine de rien). Actuellement, le moyen le plus simple de passer outre est de passer les textes utilisant une police spéciale (autre que les Helvetica, etc) en format image, ce qui conserve le format et l’apparence. Problème évident : les contenus textuels sous forme d’image ne sont pas particulièrement appréciés par Google et ce dernier faisant œuvre de juge de paix concernant toutes les choses du Web, c’est très souvent un très mauvais calcul. Résultat : toujours les mêmes typos affichées.

Le HTML5, en plus de toutes ces capacités dont on parle souvent (vidéos, animation, drag’n drop, etc) va peut-être amener, de manière plus discrète, une véritable révolution dans la façon dont on présente du contenu (et donc la façon dont l’utilisateur final le perçoit et y accroche) à travers ce renouveau de la typographie.

Un cycle finalement classique du réseau: une première explosion quantitative suivie d’un long travail d’affinage qualitatif. On explose la quantité de contenu publié puis l’on met près de 15 ans à retrouver la finesse d’édition papier avec sa mise en forme et son traitement visuel.

*Oui, ouvrir le premier billet d’un blog sur la sortie de l’iPad est un peu opportuniste. Surtout quand on ne parle plus de l’iPad deux lignes après.

**Le HTML5 et le CSS3. Mais on parle d’idées et de conséquences, pas du détail des standards.